Ces dernières décennies, le lien entre conflits et environnement a été de plus en plus reconnu. Acteurs du domaine, militants et chercheurs ont souligné à la fois les dommages que la guerre et la répression peuvent causer aux écosystèmes et la manière dont la rareté des ressources peut alimenter les conflits. Dans le contexte mondial actuel, cependant, les perspectives d'une intégration efficace des enjeux environnementaux dans les efforts de consolidation de la paix semblent compromises.
En juin dernier, des spécialistes du domaine en pleine expansion se sont réunis à l'Université d'Ottawa à l'occasion de la 4e Conférence internationale sur la consolidation de la paix environnementale. Ils ont discuté des défis auxquels ce domaine est confronté et des meilleures façons d'y répondre. Les participants ont examiné des questions complexes, similaires à celles auxquelles sont confrontés actuellement tous les acteurs des domaines liés aux droits humains, à la justice, à la paix et au développement.
Que faire dans un monde marqué par la montée des conflits et de l'autoritarisme, où les gouvernements privilégient la sécurité, les intérêts nationaux et la déréglementation, où le changement climatique s'aggrave et où la transition énergétique se mue en compétition géopolitique ? Face à la réduction des financements, à la fermeture d'organisations et aux restrictions croissantes du dialogue international dues aux contrôles aux frontières, quel sera l'avenir de ce secteur dans 5 ou 10 ans ?
Parallèlement, un optimisme palpable régnait parmi les personnes réunies à Ottawa. Malgré ces obstacles, de nouvelles normes internationales sont mises en place, de nouveaux mécanismes de responsabilisation sont développés et de nouvelles coalitions d'acteurs engagés se forment. L'action collective autochtone et communautaire porte ses fruits, et les énergies renouvelables facilitent le redressement après un conflit.
Comme l'a souligné le professeur Philippe Le Billon de l'Université de Colombie-Britannique, conférencier principal, les conflits liés aux ressources persistent, mais la consolidation de la paix environnementale a un rôle essentiel à jouer. C'est une période difficile, mais porteuse d'espoir.
Les acteurs de la justice transitionnelle ont également un rôle à jouer. Dans les accords de paix, par exemple, les dispositions relatives aux mécanismes de justice peuvent et doivent inclure des mesures renforcées visant à restaurer et à protéger l'environnement à l'avenir, puisque cela pourrait réduire le risque de résurgence du conflit.
Lors d'une table ronde sur la justice transitionnelle et les atteintes à l'environnement, des représentants de l'ICTJ ont évoqué les recherches en cours de l'organisation sur le sujet, notamment sur l'impact des conflits violents et de la répression sur l'environnement, les cadres juridiques et politiques qui permettent des réponses judiciaires aux dommages et préjudices environnementaux, ainsi que les défis pratiques et juridiques auxquels ces réponses sont confrontées.
Si, dans certains pays comme la Colombie, les processus de justice transitionnelle ont abordé la question environnementale par le biais d'initiatives de vérité, de réparation et de responsabilisation, le domaine dans son ensemble ne lui a pas accordé l'attention qu'elle mérite. Pour que la justice transitionnelle puisse pleinement s'attaquer aux causes et aux conséquences des conflits et de la répression, et pour être aussi inclusive que possible, elle doit devenir une composante intégrante de la consolidation de la paix environnementale.
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PHOTO : Une fresque murale représente des membres de la réserve paysanne de Sumapaz, à Cundinamarca, en Colombie. On peut y lire : « La terre est à nous. » (Maria Margarita Rivera/ICTJ)