Des animateurs en formation se préparent à mener des dialogues communautaires à travers la Syrie

21/04/2026

Quatorze membres de la société civile syrienne se sont récemment réunis pour un atelier de cinq jours sur la facilitation communautaire et la justice transitionnelle, organisé par l'ICTJ et ses partenaires du projet Bridges of Truth (Ponts de la vérité en français). Cet atelier a marqué une étape importante dans la préparation des dialogues communautaires qui se dérouleront à travers la Syrie dans les mois à venir. Ces dialogues s'appuieront sur des rencontres similaires organisées fin avril 2025 dans sept villes syriennes, où plus de 130 habitants de divers horizons s'étaient réunis pour discuter de leurs besoins et de leurs espoirs de justice et de réconciliation.

Fruit d'une collaboration entre sept organisations de la société civile syrienne de premier plan et l'ICTJ, le projet Bridges of Truth sensibilise l'opinion publique au sort des détenus, des disparus forcés et de leurs familles, et plaide pour la justice pour les innombrables victimes du conflit syrien et de la répression de l'ancien régime.

Les participants ont été sélectionnés parmi ces sept organisations en fonction de leur aptitude à animer, au sein de leurs communautés, des discussions de groupe sur des sujets sensibles, notamment les atrocités commises pendant les quatorze années de conflit et de dictature en Syrie, ainsi que la voie à suivre pour parvenir à la justice et à une paix durable. Des experts de l'ICTJ et d'organisations partenaires ont animé des sessions sur les pratiques d'engagement communautaire et sur un large éventail de sujets liés à la justice transitionnelle.

« À l’heure actuelle en Syrie, il est essentiel que les communautés elles-mêmes soient en mesure de mener des discussions sur la justice, la vérité et la coexistence. Cette formation représente un investissement dans le leadership local et dans la possibilité d’un avenir plus inclusif », a déclaré Nousha Kabawat, responsable du programme Syrie de l’ICTJ.

L'atelier a porté sur les principes fondamentaux de la justice transitionnelle et a proposé des outils pratiques pour animer des dialogues inclusifs et structurés au sein de communautés encore confrontées à des traumatismes, des divisions et l'incertitude. L'objectif était de former une nouvelle génération d'animateurs communautaires capables de mener ces conversations complexes et chargées d'émotion.

« Grâce à cette initiative, les connaissances seront transmises à d'autres formateurs, qui à leur tour les diffuseront auprès de la communauté syrienne », a affirmé Shadi Haroun, coordinateur du programme Syrie de l'ICTJ. « Environ 86 ateliers sont prévus dans différents gouvernorats syriens afin de sensibiliser aux concepts liés à la justice transitionnelle, ciblant quelque 1 600 bénéficiaires directs qui participeront à ces sessions. »

Structurer un dialogue inclusif et tenant compte des traumatismes

Un élément central de la formation portait sur la conception et l'animation de dialogues favorisant une communication ouverte tout en restant constructifs. Les participants ont discuté de la définition d'objectifs clairs et de l'établissement collaboratif de règles de base promouvant le respect mutuel, la confidentialité et l'écoute active. Ils ont convenu qu'un tel cadre est essentiel lorsque les discussions risquent de faire ressurgir des souvenirs douloureux ou des désaccords profonds.

Les participants se sont exercés à des techniques visant à garantir une participation inclusive, à gérer les voix dominantes et à recentrer en douceur les conversations qui s'éloignent des objectifs de la séance. Ils ont examiné comment valoriser les témoignages personnels tout en maintenant les discussions en phase avec les objectifs communs.

Reconnaissant que les dialogues communautaires peuvent faire émerger des expériences profondément personnelles, l'atelier a intégré des principes de santé mentale et de soutien psychosocial ainsi que des techniques de communication non violente.

« Lors de cette formation destinée à de jeunes Syriens, hommes et femmes, l’objectif était de les initier aux principes de la communication non violente », explique Soha Fleyfil, chargée de projet chez Pro Peace. « Pour ce faire, nous avons commencé par aborder la notion de communication en général, en explorant la manière dont les participants la perçoivent, qu’il s’agisse de communication verbale ou non verbale. »

Les participants ont exploré les traumatismes directs et secondaires que subissent généralement les victimes. Ils ont également reconnu que les animateurs eux-mêmes peuvent éprouver une tension émotionnelle. Les discussions ont souligné l'importance de la préparation avant les séances et d'une décompression intentionnelle après celles-ci, ainsi que de stratégies pratiques telles que des exercices de respiration et des pauses structurées.

Il a été rappelé aux personnes en formation que les dialogues communautaires ne sont pas des séances de thérapie. Leur rôle est de créer un environnement propice au partage de points de vue et à l'expression des besoins des bénéficiaires, tout en restant attentifs aux signes de détresse et en y répondant avec bienveillance.

« Les gens peuvent arriver à ces séances avec des années de silence », a fait remarquer un participant. « Nous devons être prêts à écouter avec responsabilité. »

Les considérations éthiques ont également occupé une place centrale dans ces discussions. Les participants ont abordé la question du consentement, du respect de la vie privée et des risques liés à la photographie et aux réseaux sociaux dans des contextes sensibles. Ils ont insisté sur le fait que le consentement doit être libre et éclairé, notamment lorsqu'il s'agit de jeunes et de communautés marginalisées.

Un homme se tient debout devant un écran, à l'avant de la salle. Une douzaine de personnes environ sont assises à des tables et le regardent.
Didier Gbery, responsable du programme Gambie de l'ICTJ, anime un atelier sur les réparations et la reconnaissance. (Mohamad Salman/ICTJ)

Intégrer la justice transitionnelle

Durant ces cinq jours, les participants ont exploré les thèmes fondamentaux de la justice transitionnelle, notamment la recherche de la vérité, la responsabilité pénale, les réparations et la réforme institutionnelle.

Les discussions sur les multiples réalités auxquelles est confrontée la population syrienne ont révélé que les individus et les communautés peuvent avoir des conceptions différentes de la vérité et de la justice, façonnées par leur origine, le contexte local et leurs expériences vécues.

« La justice revêt différentes significations selon les personnes », a fait remarquer un participant. « Pour une mère à la recherche de son fils, c’est la vérité. Pour quelqu’un dont la maison a été détruite, c’est peut-être la reconstruction. Pour d’autres, c’est la dignité. »

L'atelier a également souligné l'importance de l'inclusion. Une attention particulière a été portée à la participation significative des femmes, des jeunes, des personnes déplacées et des communautés marginalisées, ainsi qu'aux stratégies visant à rendre les dialogues plus accessibles et équitables.

« Au cours de cette formation, nous avons appris l’importance de préserver la diversité des récits et de travailler à la création d’un espace partagé où les histoires de tous les horizons – de toutes les régions et de tous les milieux – se croisent et interagissent, contribuant finalement à une histoire collective fondée sur cette pluralité de perspectives », a déclaré Rana Sheikh Ali de Dawlaty.

Les sessions consacrées à la responsabilité ont abordé les défis structurels auxquels sont confrontées les institutions syriennes, notamment l'affaiblissement de l'indépendance du pouvoir judiciaire et les difficultés à garantir des procès équitables. Elles ont également souligné la nécessité d'une mise en œuvre prudente des réformes afin de ne pas compromettre la légitimité du système.

La réconciliation a été envisagée comme un processus de longue haleine plutôt que comme un geste symbolique. Les participants ont mis en garde contre les arrangements superficiels qui privilégient la stabilité au détriment de la justice. Ils ont convenu qu'une véritable réconciliation exige la reconnaissance du préjudice, la responsabilisation et des garanties contre toute récidive.

De la réflexion à l'action

Dans les derniers jours de l'atelier, l'accent a été mis sur la pratique. Répartis en petits groupes, les participants ont conçu des modèles de dialogues communautaires adaptés aux différents contextes locaux et expérimenté des méthodes pour traduire des concepts techniques en langage accessible. Ils ont également élaboré des plans de suivi et d'évaluation des activités futures ainsi que des plans de coordination du soutien entre les organisations partenaires.

À l'issue de l'atelier, les participants ont renforcé leurs compétences d'animation, approfondi leurs connaissances en matière de justice transitionnelle et élaboré une vision commune des dialogues communautaires qu'ils animeront dans les mois à venir. Grâce à un dialogue structuré et inclusif, ces formateurs offriront aux Syriens des occasions uniques de s'exprimer librement sur leurs expériences et leurs aspirations à la justice et à une paix durable, et contribueront à ce que les personnes les plus touchées par des années de répression et de conflit puissent façonner l'avenir.

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PHOTO DE COUVERTURE : Un participant à l’atelier, qui s’est tenu à Beyrouth à la mi-février 2026, visite une exposition de photographies consacrée aux victimes de la guerre civile libanaise au musée et centre culturel urbain Beit Beirut. (Mohamad Salman/ICTJ)