Le 28 janvier 2026, l'ICTJ a organisé à New York son dîner de bienfaisance annuel « January for Justice Leaders », un événement honorant les personnalités qui œuvrent pour la justice à travers le monde. Cette édition a également marqué le début des célébrations du 25e anniversaire de l'ICTJ et a permis de revenir sur un quart de siècle passé aux côtés des victimes, de la société civile et des institutions dans la quête de vérité, de responsabilité et d'une paix durable après des atrocités de masse. Dans cet esprit, la soirée a été marquée par un échange enrichissant sur le rôle des femmes dans les efforts pour la paix et la justice.
Cette année, l'évènement a rendu hommage à Joan Spero et Buzz Tenny, deux figures emblématiques de l'ICTJ dont la vision et l'engagement ont façonné l'évolution de l'organisation. Joan Spero, experte en économie politique internationale, a siégé au conseil d'administration de l'ICTJ de 2011 à 2022. Elle l'a coprésidé de 2018 à 2019 avant d'en prendre la présidence, poste qu'elle a occupé jusqu'à sa retraite. Buzz Tenny, personnalité reconnue dans le domaine de la philanthropie et du développement communautaire, a également été membre du conseil d'administration de l'ICTJ de 2011 à 2019 et l'a coprésidé avec Joan Spero de 2018 à 2019. Joan Spero et Buzz Tenny continuent de soutenir l'ICTJ en tant que membres de son conseil d'honneur. Tous deux incarnent les valeurs fondamentales de l'ICTJ : un leadership intègre, une vision stratégique, la générosité et un engagement indéfectible envers la justice.
Leur contribution a été mise en lumière tout au long de la soirée. « Il est difficile de trouver les bonnes solutions pour lutter contre l'injustice systémique. Mais Buzz et Joan nous ont montré la voie », a déclaré Susan Berresford, ancienne présidente de la Fondation Ford. Kofi Appenteng, ancien président du conseil d'administration de l'ICTJ et lauréat de l'année dernière, a ajouté : « La coprésidence peut s'avérer complexe, mais le partenariat de Joan et Buzz a été fructueux. Le jeu de guitare de Joan était accompagné par le piano de Buzz. Ils se sont écoutés et ont contribué au succès continu de l'ICTJ. »
La soirée a également été marquée par un échange enrichissant sur le rôle des femmes leaders dans la justice transitionnelle. Maria Camila Moreno, directrice du bureau colombien de l'ICTJ, a évoqué sa nomination en 2023 au sein de la délégation du gouvernement colombien aux négociations de paix avec l'un des derniers groupes armés dissidents du pays, ainsi que les précieux enseignements tirés de ses plus de vingt ans d'expérience dans le domaine. « J'ai énormément appris : à écouter, à me mettre à la place de l'autre », a-t-elle déclaré. « Si nous voulons la paix, nous devons reconnaître que chacun a son histoire, et apprendre à écouter chacune elles. »
Nour El Bejjani Noureddine, responsable des programmes Liban et Yémen de l'ICTJ, a livré un témoignage poignant sur ses motivations. « J'aborde mon travail non seulement en tant que professionnelle ou militante, mais aussi en tant que victime. Lorsqu'on travaille sur des problématiques qui nous touchent directement, on peut s'y identifier, les ressentir », a-t-elle expliqué. Lors de la récente agression israélienne au Liban, elle et sa famille, dont ses trois enfants, ont été déplacées à deux reprises. « Je n'oublierai jamais ce que c'est que de quitter sa maison sans savoir quand on pourra y revenir », a-t-elle poursuivi. « Cela me donne la force d'agir pour le changement. La justice n'est pas un slogan : c'est une nécessité. En tant que victime, j'ai besoin de justice pour guérir ; en tant que militante, car je souhaite la paix pour mon pays ; et en tant que mère, car je ne veux pas que mes enfants héritent de ce passé douloureux. Je veux qu'ils aiment le Liban autant que moi et qu'ils puissent vivre en paix et en justice. »
À l'occasion du 25e anniversaire de l'ICTJ, les intervenants sont revenus sur les origines de l'organisation en 2001 et sur son principe fondateur : se confronter au passé est essentiel pour bâtir un avenir plus juste. « L'ICTJ est une organisation très particulière », a déclaré Buzz Tenny. « Elle se concentre sur les besoins des victimes et œuvre avec la conviction que les personnes les plus directement concernées par les problèmes doivent jouer un rôle central dans leur résolution. »
« Nous saluons non seulement les réalisations de cette organisation remarquable, mais réaffirmons également notre engagement commun en faveur de la paix, de la justice et des démocraties inclusives », a déclaré S.E. Katja Lasseur, ambassadrice des Pays-Bas auprès du Conseil économique et social des Nations Unies. « Notre collaboration repose sur une conviction partagée : la justice n’est pas seulement une valeur, mais un puissant instrument pour prévenir la violence, promouvoir la stabilité et bâtir une paix durable. »
Cet anniversaire est aussi l'occasion de se tourner vers l'avenir, d'aborder les défis avec le même courage et la même lucidité qui ont caractérisé la mission de l'ICTJ depuis sa création. C'est un moment de renouvellement de l'engagement, car le combat pour la justice est sans fin. « À l'ICTJ, nous sommes profondément reconnaissants envers tous ceux qui ont contribué à notre travail, nos alliés de longue date comme nos nouveaux partenaires », a déclaré Fernando Travesí-Sanz, directeur exécutif de l'ICTJ. « Ensemble, guidée par des principes moraux et une humanité commune, et animée par le pouvoir transformateur de la vérité et de la justice, cette communauté dévouée abordera l'avenir avec détermination. »
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PHOTO : Anna Myriam Roccatello (au centre), directrice exécutive adjointe et directrice des programmes de l'ICTJ, anime une table ronde avec Maria Camila Moreno (à gauche) et Nour El Bejjani Noureddine (à droite) lors du dîner de bienfaisance January for Justice Leaders à New York, le 28 janvier 2026. (Maria Melin/ICTJ)